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29 octobre 2009

Méthode de vaccination massive : un léger doute

La campagne de vaccination contre la grippe se met en branle progressivement au Québec. Tant mieux. Pour avoir combattu cette saleté virale qu'est le A(H1N1), quiconque pourra se bâtir une première ligne immunitaire solide contre cette infection ne pourra qu'en sortir gagnant.

Toutefois, le problème de cette vaccination massive semble être actuellement la méthode préconisée par l'état. Alors que la propagation du virus gagne en vitesse, je doute de la pertinence de regrouper massivement enfants, adultes et vieillards dans d'interminables lignes d'attentes tant à l'extérieur (vent, froid, pluie, neige), qu'en lieux clos (air sec, qualité de ventilation inconnue, commodités insuffisantes - entendons-nous, un ancien concessionnaire automobile n'est pas une structure conçue pour accueillir 10 000 personnes par jour). N'est-ce pas une méthode qui risque de générer plus de problèmes que de solutions?

Un fonctionnaire vaguement bureaucrate répondre que non, pas avec la priorisation déterminée par le ministère. Il affirmera que, pour cette première semaine de vaccination, le vaccin est réservé aux :

  • personnes âgées de moins de 65 ans atteintes d’une maladie chronique (en particulier une maladie pulmonaire ou cardiaque, et le diabète);
     
  • enfants de 6 mois ou plus, et de moins de 5 ans;
     
  • personnes vivant dans une communauté éloignée ou isolée (en quoi cela les qualifie-t-il, je l'ignore);
     
  • femmes enceintes.
Si cette consigne est suivie de manière rigoureuse, la théorie semble fonctionnelle. Mais puisque nous vivons dans une province où le conducteur moyen roule systématiquement 10 km/h au-dessus des limites permises, où tout le monde savait que la mafia occupe le milieu de la construction depuis les années 60 et où près 90 % de la population affirme avoir fumé un joint sans croire qu'il s'agit d'un crime, je doute que cette consigne n'ayant aucune valeur légale soit respectée ne serait-ce qu'une seconde. D'où l'anarchie relative relevée dans cet article.

De la mère rendue hystérique par la triste histoire de ce jeune hockeyeur ontarien décédé en trois jours, au malade chronique, forcé de traîner une sacoche pharmaceutique pour être certain de voir le soleil se coucher, jusqu'au simple citoyen opportuniste voyant qu'il n'a qu'à déclarer avoir X ou Y maladie pour recevoir une dose en avance; les centres de vaccination se rempliront quotidiennement de personnes qui estimeront être prioritaires, ou à tout le moins, plus prioritaires que d'autres. Nature humaine.

Examinons quelques cas, pour le plaisir;

Cas #1 : Maman monoparentale et son garçon-ritalin de 4 ans.
Maman-mono fait la file pendant 6 heures pour le vaccin de garçon-ritalin. Elle a payé 7$ à la garderie sans avoir bénéficié du service, a manqué une journée de travail à ses frais. Maman-mono a tout fait pour éviter que garçon-ritalin ne détruise tout ce qu'il touche. Elle arrive devant l'infirmière, vidée. Celle-ci lui demande, parfaitement aliénée par sa journée, si elle a un enfant de moins de six mois (si la mère répond oui, elle obtient le vaccin). Maman-mono, non sans éthique, se questionne si elle ne vole pas ainsi la dose d'une personne qui en aurait réellement besoin. Elle regarde l'infirmière et garçon-ritalin qui hurle de douleur, révolté d'avoir attendu six heures pour une saloperie de piqure. Maman-mono se demande si elle fera cette file à nouveau. Tout sourire, elle replace son toupet et répond que, oui, bébé-quatre-mois est à la maison avec grand-maman. Maman-mono reçoit sa dose, sourire en coin, se disant que la fin justifie les moyens.

Cas #2 : Gus-tousse-tousse fait de l'asthme depuis qu'il parle. Il se dit que recevoir sa dose au plus vite est une excellente idée. Gus n'est pas en forme. En fait, Gus fait osciller la balance à plus de 450 livres. L'idée même de rester debout plus de dix minutes lui donne envie le vertige. Gus écoute les reportages à TVA car il aime «les vraies nouvelles». Il voit ces files d'attente longues comme la grande muraille, remplies de gens qui toussent, crachent et se mouchent - c'est normal, c'est l'automne, saison des rhumes et, bien sûr, de cette foutue grippe. Gus se tâte. N'est-il pas plus risqué pour lui de tenter la vaccination que de rester enfouis dans son divan? Gus renonce à se faire vacciner en moins de temps qu'il n'en faut pour commander une pizza extra-large triple bacon.

Cas #3 : Jimmy-pleinforme rentre de faire ses dix kilomètres de jogging matinal. Il a eu froid, n'a pas fait ses meilleurs temps, se demande quelle est donc cette fatigue qui le rattrapait sans arrêt. Jimmy lit quotidiennement les nouvelles sur Cyberpresse et se demande si le système sera rodé lorsque le vaccin deviendra accessible aux citoyens de sa tranche d'âge. Jimmy a 22 ans et termine son bac en génie-truc-machin. Le lendemain, Jimmy fait de la fièvre; le soir, il a l'impression de cracher ses poumons en toussant. Le surlendemain, il se retrouve à l'Hôpital Général, bourré d'Oseltamivir (Tamiflu). Le jour d'après, Jimmy passe l'arme à gauche, victime d'une réponse immunitaire trop musclée; victime d'avoir été trop en forme. Quatre heures avant de mourir, il demandait à son médecin pourquoi avons-nous priorisé les gens au système immunitaire faible. Ce dernier n'avait pas trouvé de réponse valable.

Outre ces cas romancés pourtant inspirés d'un certain réel (de ma part, vous devriez vous en attendre), la confusion qui règne autour de cette grippe et de son vaccin ne semble pas être en voie de se régler. Bien sûr, j'abonde dans le sens de Foglia. Un appel à la patience est de mise. Mais il n'en demeure pas moins que cette crise (peu importe la gravité réelle du virus, d'un point de vue médiatique, il s'agit d'une crise majeure dans l'opinion publique) semble être gérée de manière fantôme, sans porte-parole, sans figure d'autorité qui saurait dire CECI est CECI est n'est pas CELA et maintenant ON SE CALME. J'ignore pour vous, mais à cet effet, je suis nostalgique de l'époque Philippe Couillard.

Maintenant, quelles seront les solutions envisagées pour mettre un peu d'ordre dans ce foutoir progressif? Une plus grande dissémination de centre de vaccination? Des brigades volantes destinées aux personnes à mobilité réduite? Une vaccination directement dans les écoles (comme ce fut le cas par le passé pour les vaccins contre la méningite)? Après tout, le ministère ne nolisera pas des autobus pour vacciner la population carcérale dans un ancien concessionnaire Pontiac; les prisonniers seront vaccinés sur-place, idem pour les gens hospitalisés ou gardés en CHSLD.

Joli casse-tête en perspective pour un vaccin qui semblait si peu désiré.

1 intervention(s):

Anonyme a dit…

La dernière phrase est si précise qu'elle éclipse tout le reste.