Avant tout, je vous prie de distinguer matérialisme et consumérisme. Le premier étant un biais philosophique, le second étant une (déplorable) attitude sociale.
Parce que je suis matérialiste, j'engage mes textes dans la définition d'une esthétique qui s'y réfère. De ce fait, je me vois régulièrement dans l'obligation (très heureuse) d'ignorer les principes de pudeur et de morale. Par exemple, les lecteurs de La Canicule des pauvres auront probablement sourcillé devant les excès du personnage Trevor Adamson. Quelques-uns auront certainement questionné la nécessité de tels détails sordides dans l'espace du roman.
Pour illustrer le principe central de cette posture matérialiste, j'irai dans les extrêmes.
Si la narration s'engage matériellement dans les sensations (par exemple, l'odeur d'un hall d'entrée, la luminosité d'une pièce, la texture d'une peau), l'engagement doit rester fidèle, peu importe la nature du phénomène énoncé. Qu'il s'agisse de détailler un centre de table ou le nombre de doigts inséré dans un rectum lors d'une tentative de fisting, le regard narratif demeure le même. La beauté de cette posture, c'est qu'elle ne tourne jamais le regard au moment où la morale le demanderait, sans pour autant se fonder sur une réaction à ladite morale. Si un personnage se jette volontairement au bas d'une falaise, la ligne de narration peut (et doit) couvrir les derniers instants avant le saut, le moment de suspension entre ciel et terre (moment où la majorité des textes suspendraient la narration), le choc du corps contre le sol, la condensation des sensations au moment du décès, l'agonie potentielle en cas de ratage, ainsi que le processus de rigidification/décomposition avant la récupération du corps (en fonction du temps imparti à l'espace narratif).
En d'autres termes, une posture matérialiste bien assumée nous oblige à mener les actions jusqu'au bout, sans pitié. Parce que ce biais se positionne plus proche du réel que de la réalité que nous déterminons, il serait possible d'évoquer un réelisme plutôt qu'un réalisme.
C.E.B. Reas
Il y a 5 heures









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