Sans sombrer dans la psychologie démagogique où excelle à Mme Petrowski, je dirais que le relation d'intolérance entre Harper et les «dangers» d'une libre circulation des idées par la culture et la recherche ne provient pas de ses banales frustrations de jeunesse. Qu'il ait troqué, coeur brisé, le clavier pour les chiffres n'a rien à voir avec ses politiques de contrôle - jouer du piano ne provoque pas une compréhension instantanée des enjeux de l'art, de la littérature, du théâtre ou de la danse. Si Harper et ses conservateurs sont soucieux de mettre sous cloches les franges intellectuelles opposées aux détails latents des ambitions conservatrices, c'est bien parce que ce gouvernement oeuvre à modifier la nature du Canada telle que développée par les gouvernements libéraux de Trudeau et Chrétien. Le nouveau mot d'ordre depuis 2006 : méfiance envers les grandes instances internationales, méfiance envers les milieux de recherche matérialiste (climatologie, cognition, etc.), méfiance envers les créateurs culturels trop libéralistes ou anarchistes pour s'intégrer dans ce plan de refonte.
En contrepartie, faute d'avoir foi en la liberté de pensée, Harper croit fortement en la puissance entropique de la bêtise humaine. Celle qui garde le bon peuple à l'ouvrage et la mène à l'église; celle qui construit des cathédrales de certitudes à partir de croyances et de traditions; cette entropie moyen-âgeuse qui fait du monde un endroit prévisible, fondé sur une impression de stabilité, là où les riches gardent leur pouvoir et où les pauvres le subissent en disant merci, merci mon Sieur.
Cela dit, quand je vois et entends le PM canadien nous envoyer une chanson des Beatles :
bien sûr, mes lèvres remontent vers le haut; après tout, n'est-ce pas la première fois que cette personne démontre qu'il possède une certaine sensibilité? L'effet euphorique dure environ huit secondes. Le sourire tombé, je songe aux électeurs mous qui jugent Ignatieff en fonction de l'épaisseur de ses sourcils et de ses innombrables inaptitudes charismatiques; ces mêmes électeurs qui se diront que, finalement, ce Harper qui coupe les fonds aux grosses têtes subventionnées pour penser autrement, monter des spectacles incompréhensibles ou faire des photos laides; ce cher PM qui nous fait comprendre que, non, il n'y a pas de crise environnementale à résoudre; que ce modeste pianiste who can get by with a little help from his friends, au fond, il n'est pas si mauvais. De quoi raviver chez moi cette vieille braise nationaliste, longtemps dormante dans le concept d'un Canada du moindre mal. Mais ce Canada conservateur, intolérant et liberticide, il y a des années que je ne m'y retrouve plus. Si la tête dirigeante du pays ne change pas aux prochaines élections fédérales, les indépendantistes gagneront une voie. Last chance for Canada.









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