les mots naissent de la répétition d'une seule erreur
Roger Des Roches
Nuit, penser (éditions Les Herbes rouges)
Roger Des Roches
Nuit, penser (éditions Les Herbes rouges)
Probablement est-ce par sa forme constrictive que la poésie révèle plus aisément ses rapports aux répétitions. De prime abord, je dois rappeler que toute écriture obéissant à un code «universel» se veut une répétition ordonnancée de ce code; à ce titre, une majorité de cultures se sont entendues pour définir un rapport de création pour circonscrire les enjeux de cette pratique d'ordonnancement. Là où un auteur chinois ou japonais fait de la poésie, le poète français ou british crée un poème. Cette différence posturale s'avère capitale dans le rapport qu'entretient l'écrivain avec son matériau et sa pratique. De cet angle, il devient aisé de comprendre les raisons de la continuité naturelle des littératures asiatiques opposées aux tendances dichotomiques, souvent violentes, des avant-gardes occidentales. Là où Freud voit maladie et mort dans la répétition, les bouddhistes zen y définissent l'idéal rituel du perfectionnement comme absolu physique; là où la poésie occidentale est régulièrement une «prise de sens»(1) sur le matériau qu'est le langage, la poésie orientale demande l'effacement dans le sacre du sens prédéterminé; l'auteur sert le langage comme il le ferait avec un maître sur lequel il ne possède aucun pouvoir. Pourtant, malgré ces différences fondamentales, les motifs de répétition se trouvent en abondance dans ces deux pôles littéraires, comme s'ils représentaient la reconnaissance d'une soumission universelle aux cycles naturels, aux créations de signifiances par cumuls, aux principes mimétiques nécessaires à la passation des connaissances d'une génération à l'autre. La poésie répète la poésie pour rester poésie. L'humain imite l'humain pour rester humain (remarquez la création de profondeur signifiante, de mise en abîme, par l'usage de répétition formelle).
Si «la poésie, c'est le passé que l'on répète pour l'avenir»(2), le futur, tant qu'il existe comme possibilité non réalisée, représente probablement la plus vive répétition d'incertitudes à laquelle le présent est confronté. Mais puisque le futur n'est jamais qu'une possibilité et que le passé n'est plus, la répétition réelle ne se situe peut-être pas où l'on souhaiterait l'enfermer. En écho au brillant vers de Des Roches cité plus haut, je tenterai cet équilibre par réduction, lancé tel un point d'orgue: et si la littérature n'était que la répétition des mêmes différences?
(1): Le travestissement des significations dans un corpus poétique est commun en occident, le jeu sur la relativité des sens prédéterminés participe à la constitution d'un «univers poétique» généralement absent dans la poésie orientale.
(2): Michael Edwards. Création et répétition. in L'acte créateur. Paris: PUF, 1997, p. 158.











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