
Une longue ligne d’asphalte grise, souvent crevassée, généralement raboteuse, bordé d’arbres anonymes plus tristes que jolis, des terres d’un vert plat d’après récolte, des viaducs en réfection d’urgence, des camions Freightliner, Western Star, Volvo, des voitures de toutes marques lancées rarement sous la barre des 120 Km/h, d’autres qui vous doublent à tombeau ouvert, 145 Km/h, parfois 165 Km/h; des villages aux noms qui marquent comme St-Cyrille-de-Wendover, Issoudun, d’autres qu’on oublie, résumés en numéro de sortie, de route, de rang en poussière de terre; des haltes routières style chalet rustique aux urinoirs parfumés des pisses voyageuses, miroir en stainless incassable, robinet à pancarte «eau non-potable», cantines à 2$ la canette de liqueur, sandwichs pas de croûtes, Jos Louis à trois jours de la date d’expiration; entre Drummondville et Québec, la 20, c’est rien, presque rien; entre Québec et Montmagny, un peu plus, mais si peu; un minuscule panorama sur l’Île d’Orléans, un chemin de fer où sont restés les poteaux du télégraphe, des effluves de fumier, de purin. Au bout de la route, un peu de famille au creux d’un vallon de montagne, un grand-père plus grand que nature qui sent la vie prendre fin, une nuit de mauvais sommeil, des bons mots malgré les larmes à la gorge, bébés dans les bras de l’un, bébé dans les bras de l’autre, café, une fois, deux, trois fois et c’est le sens inverse, le si peu jusqu’à Québec, le presque rien jusqu’à Drummondville, l’espoir de l’approche à la vue du mont St-Hilaire, toujours là, comme un animal couché, si épuisé que la nature y a pris racine; une sortie, la 113, quelques virages, la Richelieu qui vous dit: voilà, vous n’avez plus à rouler si vite pour fuir la 20, vous serez chez-vous, au bout du chemin, là où l’univers se fait assez petit pour avoir un sens.











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